Menee conjointement par UP11 et INRA, cette recherche explore les flux de gènes du mil dans le Bassin du Lac Tchad.
L'Essentiel : Menee conjointement par UP11 et INRA, cette recherche explore les flux de gènes du mil dans le Bassin du Lac Tchad.
Abdel Kader Naino Jika, chercheur·e au sein de ESE; IJPB; GQE-Le Moulon (Université Paris-Sud - Paris 11).
Thèse soutenue en 2016 à l'école doctorale École doctorale Sciences du végétal : du gène à l'écosystème (Orsay, Essonne ; 2015-....).
Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
La résilience des agricultures subsahariennes face aux défis environnementaux et socio-économiques est un sujet de préoccupation croissante, surtout dans un contexte où les changements climatiques et les pressions démographiques exacerbent les vulnérabilités des systèmes agricoles. Dans ce cadre, l'étude des flux de gènes et de l'évolution des ressources génétiques du mil (Pennisetum glaucum) dans le Bassin du Lac Tchad, menée par Abdel Kader Naino Jika, met en lumière des dynamiques complexes qui méritent une attention particulière. En effet, on observe que la diversité génétique des cultures est intimement liée à la diversité socio-culturelle des agriculteurs, ce qui soulève des questions cruciales sur la manière dont les pratiques culturelles influencent la circulation des semences et, par conséquent, la résilience des systèmes agricoles.
La recherche révèle des résultats fascinants, notamment l'existence d'une barrière sociale à la diffusion des gènes. Bien que des introgressions génétiques se produisent entre populations de différents groupes ethnolinguistiques, ces barrières peuvent limiter l'échange de variétés et de savoirs. Par exemple, dans certaines communautés, des pratiques de conservation des semences sont profondément ancrées dans des traditions culturelles, ce qui peut restreindre la volonté d'adopter de nouvelles variétés, même si celles-ci pourraient offrir des avantages en termes de rendement ou de résistance aux maladies. Cela soulève des interrogations sur la manière dont les politiques agricoles peuvent être adaptées pour favoriser une plus grande intégration des connaissances locales tout en préservant la diversité génétique.
L'analyse des flux de gènes entre types précoces et tardifs dans les régions à faible pluviométrie suggère que les conditions environnementales jouent un rôle clé dans l'adaptation des cultures. Les agriculteurs doivent naviguer entre les défis climatiques, tels que la variabilité des pluies, et les exigences de diversité variétale pour maintenir leur production. Par exemple, dans certaines zones du Bénin, les agriculteurs ont développé des variétés de mil adaptées à des conditions de sécheresse, mais ces variétés ne sont pas toujours échangées entre communautés en raison de la méfiance ou de la méconnaissance des pratiques d'autres groupes.
La quantification de la diversité biochimique des grains de mil, à travers des approches de protéomique et de métabolomique, offre des perspectives intéressantes sur les interactions entre génotype et environnement. Ces analyses permettent de mieux comprendre comment certaines variétés peuvent être plus résilientes face aux stress environnementaux. Par exemple, des études ont montré que certaines variétés de mil possèdent des profils métaboliques qui favorisent une meilleure utilisation de l'eau, ce qui est crucial dans des régions où l'eau est une ressource limitée.
En somme, cette recherche met en exergue l'importance de la diversité génétique et des savoirs locaux dans la construction de systèmes agricoles résilients. Les décideurs doivent prendre en compte ces dynamiques pour élaborer des politiques qui soutiennent à la fois la biodiversité et les pratiques agricoles durables. Cela pourrait inclure des initiatives visant à renforcer les réseaux d'échange de semences, à promouvoir des formations sur les techniques de culture durables, et à encourager la collaboration entre différentes communautés agricoles.
Il est essentiel de reconnaître que la diversité génétique ne se limite pas seulement aux variétés de mil, mais s'étend également aux pratiques agricoles, aux savoirs traditionnels et aux interactions sociales qui façonnent les systèmes de production. En intégrant ces éléments dans les stratégies de développement agricole, il est possible de créer des systèmes plus robustes et adaptables, capables de faire face aux incertitudes futures. Ainsi, la recherche sur les flux de gènes et l'évolution des ressources génétiques du mil dans le Bassin du Lac Tchad constitue un modèle précieux pour d'autres régions d'Afrique de l'Ouest, où la diversité socio-culturelle joue un rôle tout aussi déterminant dans la résilience des agricultures face aux défis contemporains.
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Sources et accès
Abdel Kader Naino Jika. Flux de gènes et évolution des ressources génétiques du mil (Pennisetum glaucum) dans le Bassin du Lac Tchad : rôle de la diversité socio-culturelle. Génétique des populations [q-bio.PE]. Université Paris Saclay (COmUE); Université Abdou Moumouni, 2016. Français. ⟨NNT : 2016SACLS180⟩. ⟨tel-01654418⟩
