Au sein de IRPhiL, Laetitia Citroën a exploré la mobilisation fiscale pour le développement à travers le prisme du Togo.
L'Essentiel : Au sein de IRPhiL, Laetitia Citroën a exploré la mobilisation fiscale pour le développement à travers le prisme du Togo.
Laetitia Citroën, chercheur·e au sein de IRPhiL (Université Jean Moulin - Lyon 3).
Thèse soutenue en 2024 à l'école doctorale École doctorale de philosophie (Lyon ; Grenoble ; 2007-....).
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
La fiscalité est souvent perçue comme un simple outil de financement des services publics, mais elle revêt une dimension bien plus complexe, notamment dans le contexte africain. La thèse de Laetitia Citroën, qui se penche sur la mobilisation fiscale pour le développement au Togo, met en lumière les défis liés à la perception de l'impôt. En effet, près de 60% des Togolais considèrent la fiscalité comme une ponction illégitime. Cette perception soulève des questions fondamentales sur la légitimité de l'État et son rôle dans la promotion de la justice sociale.
Cette défiance envers l'impôt n'est pas un phénomène isolé. Dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, les citoyens ressentent souvent un fossé entre l'État et eux-mêmes. Par exemple, au Bénin, des mouvements sociaux ont émergé pour dénoncer la mauvaise gestion des ressources publiques, ce qui renforce l'idée que l'impôt est synonyme de détournement et de corruption. Cette méfiance est d'autant plus préoccupante dans un contexte où les gouvernements cherchent à mobiliser des ressources fiscales pour financer le développement.
La mobilisation fiscale, souvent prônée par les agences d'aide, est censée favoriser un développement endogène et réduire la dépendance à l'aide internationale. Cependant, cette approche peut être perçue comme une forme de coercition, surtout lorsque l'impôt est associé à des pratiques autoritaires. Les multinationales, perçues comme les seules cibles légitimes de la fiscalité, soulignent un déséquilibre dans la manière dont les ressources sont collectées et redistribuées. Par exemple, au Togo, des entreprises étrangères bénéficient souvent d'exonérations fiscales, tandis que les petites et moyennes entreprises locales sont lourdement taxées. Cette situation appelle à une réflexion critique sur la manière dont l'État interagit avec ses citoyens et sur la nécessité d'une fiscalité qui promeut l'égalité.
Les résultats de cette recherche révèlent également que la fiscalité est souvent associée à une idéologie coloniale, ce qui complique davantage son acceptation. Les citoyens doivent être impliqués dans le processus décisionnel pour que la fiscalité soit perçue comme un acte de solidarité et non comme une contrainte. Dans ce sens, des initiatives comme les forums citoyens ou les consultations publiques peuvent jouer un rôle crucial. En permettant aux citoyens de s'exprimer sur l'utilisation des fonds publics, on peut commencer à bâtir une culture fiscale plus inclusive.
La thèse propose des recommandations stratégiques, telles que la promotion d'une fiscalité équitable et la garantie de la participation politique de tous les citoyens. Ces mesures sont essentielles pour construire un État légitime et démocratique, capable de répondre aux besoins de sa population. Par ailleurs, il est crucial de mettre en place des mécanismes de transparence et de reddition de comptes, afin de rassurer les citoyens sur l'utilisation de leurs contributions fiscales.
En somme, la mobilisation fiscale pour le développement ne peut être envisagée sans une remise en question des pratiques étatiques et une réévaluation des relations entre l'État et ses citoyens. La recherche de Laetitia Citroën contribue à une meilleure compréhension des enjeux fiscaux en Afrique de l'Ouest et ouvre la voie à des pistes pour une mobilisation fiscale plus juste et inclusive. Il est impératif que les gouvernements africains, y compris celui du Togo, prennent conscience de l'importance de bâtir une relation de confiance avec leurs citoyens. Cela nécessite non seulement une réforme fiscale, mais aussi un changement de paradigme dans la manière dont l'État perçoit et traite ses citoyens. En fin de compte, une fiscalité juste et équitable pourrait devenir un levier puissant pour le développement durable et la cohésion sociale en Afrique de l'Ouest.
Données clés
- 60% : des Togolais perçoivent la fiscalité comme une ponction illégitime.
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Sources et accès
Laetitia Citroën. Ce que l'impôt ne peut acheter : philosophie politique de la « mobilisation fiscale pour le développement », à partir du cas togolais. Philosophie. Université Jean Moulin - Lyon III, 2024. Français. ⟨NNT : 2024LYO30037⟩. ⟨tel-05136934⟩
