Menee conjointement par UL et UAC, cette recherche explore les plantes médicinales pour les soins bucco-dentaires au Bénin.
L'Essentiel : Menee conjointement par UL et UAC, cette recherche explore les plantes médicinales pour les soins bucco-dentaires au Bénin.
Tonahin Giscard Pépin Guezodje, chercheur·e au sein de LCP-A2MC (Université de Lorraine).
Thèse soutenue en 2021 à l'école doctorale École doctorale C2MP - Chimie mécanique matériaux physique (Lorraine).
Cette recherche s'inscrit dans le cadre d'une cotutelle franco-béninoise, garantissant un ancrage simultané sur le terrain local et dans les standards académiques internationaux.
Contexte et Problématique
L'utilisation des bâtons à mâcher pour le traitement des affections bucco-dentaires est une pratique culturelle bien établie au Bénin. Ces bâtons, souvent issus de diverses plantes médicinales, sont intégrés dans les rituels de soins traditionnels. Cependant, la recherche scientifique sur leur efficacité thérapeutique demeure limitée, rendant nécessaire une investigation approfondie de leur potentiel. Cette étude vise à élargir les connaissances ethnobotaniques et phytochimiques des plantes utilisées dans les soins bucco-dentaires au Bénin, en se concentrant sur leur efficacité antibactérienne et antioxydante.
Méthodologie
L'étude a été réalisée à travers une enquête ethnobotanique impliquant 1697 individus. Cette enquête a permis de recueillir des données sur les pratiques traditionnelles et d'identifier les plantes médicinales les plus couramment utilisées dans les soins dentaires. Parmi les plantes sélectionnées, dix espèces ont été retenues pour une analyse plus poussée : Zanthoxylum zanthoxyloides, Vitellaria paradoxa, Prosopis africana, Dialium guineense, Pseudocedrela kotschyi, Parkia biglobosa, Azadirachta indica, Diospyros mespiliformis, Anogeissus leiocarpa et Bridelia ferruginea.
Des tests de cytotoxicité et d'activité antibactérienne ont été réalisés sur les extraits hydroéthanoliques de ces plantes. L'activité antibactérienne a été mesurée par les diamètres de zones d'inhibition sur des souches de bactéries telles qu'Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae. De plus, l'activité antioxydante a été évaluée à l'aide du test ABTS pour déterminer le pouvoir antiradicalaire des extraits.
Résultats Principaux
Les résultats de l'enquête ethnobotanique ont révélé l'importance des connaissances traditionnelles dans l'utilisation des plantes médicinales pour les soins bucco-dentaires au Bénin. Les tests d'activité antibactérienne ont montré que les extraits d'Anogeissus leiocarpa présentaient les plus grands diamètres d'inhibition, atteignant 25,67 mm sur E. coli ATCC 25922 et 23,67 mm sur E. coli (souche clinique) ainsi que sur Klebsiella pneumoniae (souche clinique). Prosopis africana a également démontré une activité significative, avec des diamètres d'inhibition de 20,33 mm sur E. coli ATCC 25922 et 20,67 mm sur K. pneumoniae (souche clinique).
En ce qui concerne l'activité antioxydante, les extraits hydroalcooliques des écorces d'Anogeissus leiocarpa ont montré un pouvoir antiradicalaire supérieur à celui des extraits de Prosopis africana, avec des valeurs respectives de 14,97 mg ET/gMS et 13,25 mg ET/gMS. L'analyse chromatographique par LC-PDA/MS a permis d'identifier deux flavonoïdes principaux présents dans ces extraits : l'acide ellagique et la quercétine.
Discussion et Perspectives
L'étude met en exergue le potentiel des plantes médicinales dans le domaine des soins bucco-dentaires au Bénin. Les résultats indiquent que certaines espèces, notamment Anogeissus leiocarpa et Prosopis africana, possèdent des propriétés antibactériennes et antioxydantes qui pourraient être exploitées pour le développement de produits de santé dentaire. Ces découvertes soulignent l'importance d'une recherche supplémentaire pour valider l'efficacité de ces plantes médicinales et pour explorer leur mécanisme d'action.
Le lien entre les connaissances traditionnelles et les données scientifiques mérite une attention particulière. L'intégration des pratiques ethnobotaniques dans les systèmes de santé pourrait jouer un rôle significatif dans l'amélioration de la santé bucco-dentaire des populations locales. De plus, la valorisation économique des plantes médicinales pourrait stimuler le développement local à travers la création de produits dérivés.
L'orientation future de la recherche pourrait inclure des études cliniques pour évaluer l'efficacité des extraits de ces plantes médicinales dans des contextes réels. De telles investigations pourraient également permettre d'établir des protocoles de traitement basés sur des approches intégratives, combinant les savoirs traditionnels et les méthodes scientifiques modernes. Les décideurs et les acteurs du secteur de la santé doivent envisager des politiques qui favorisent le développement de la recherche ethnobotanique tout en soutenant l'utilisation de ces ressources naturelles pour le bien-être des communautés.
Données clés
- 1697 : nombre d'individus ayant participé à l'enquête ethnobotanique
Accéder à l'étude complète
Sources et accès
Tonahin Giscard Pépin Guezodje. Études ethnobotaniques, et profils phytochimiques des plantes utilisées dans les soins bucco-dentaires au Bénin. Chimie. Université de Lorraine; Université d'Abomey-Calavi (Bénin), 2021. Français. ⟨NNT : 2021LORR0272⟩. ⟨tel-03702428⟩
