Publié le 1 janvier 2026·7 min de lecture

Menee conjointement par UM1 et IRD, cette recherche explore le qigong comme pratique thérapeutique et sociale en Chine.

L'Essentiel : Menee conjointement par UM1 et IRD, cette recherche explore le qigong comme pratique thérapeutique et sociale en Chine.

Evelyne Micollier, chercheur·e au sein de TransVIHMI (Université Montpellier 1).

Thèse soutenue en 1995.

Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.

Contexte et Problématique

Le qigong constitue un ensemble de pratiques liées au travail du souffle et à la cultivation de l'énergie vitale, englobant des dimensions thérapeutiques, religieuses et sociales. En Chine, cette discipline ne se limite pas à un simple exercice de bien-être, mais elle est intégrée dans un cadre culturel complexe qui reflète les dynamiques de la pluralité médicale. Le qigong se positionne à l'intersection de la médecine traditionnelle et des approches biomédicales contemporaines, illustrant ainsi un phénomène social qui mérite une analyse approfondie.

La pluralité thérapeutique en Chine met en exergue les interactions entre savoirs traditionnels et modernes. Les réformes économiques et les processus de globalisation ont créé un environnement propice au renouveau de pratiques telles que le qigong. Ce phénomène soulève des questions sur la légitimité et la transmission des savoirs, ainsi que sur l'évolution des pratiques religieuses et médicales en réponse aux attentes contemporaines.

L'examen du qigong permet de réfléchir aux tensions existantes entre ses dimensions médicales et religieuses. L'institutionnalisation de cette pratique dans le cadre du système de santé publique chinois, ainsi que l'accent mis sur sa légitimation scientifique, révèlent les enjeux de pouvoir et de savoir qui animent le champ de la santé en Chine. La relation maître-disciple, qui structure la transmission du savoir, est également un aspect fondamental à considérer pour comprendre comment les pratiques de qigong se perpétuent et se transforment.

Méthodologie

La recherche s'est appuyée sur des méthodes et concepts d'anthropologie sociale, notamment l'ethnologie et l'ethnographie, ainsi que sur des approches issues de l'anthropologie de la santé. Les données ont été collectées sur le terrain en Chine, avec un focus sur les milieux rural et urbain. La province de Hainan a été explorée pendant 13 mois, suivie d'un travail à Canton entre 1991 et 1992. Ce contexte multi-ethnique et pluri-linguistique a permis une immersion dans les pratiques de qigong et une observation directe des interactions sociales.

Les données recueillies comprennent des observations participantes, des entretiens, des récits de vie, ainsi que des sources écrites et audio-visuelles variées, telles que des publications, des hagiographies et des vidéos de pratiques. Cette approche multidimensionnelle a permis de mettre en lumière la diversité et la richesse des pratiques de qigong, tout en soulignant leur enracinement dans des traditions religieuses, médicales et martiales.

Les protocoles de recherche expérimentaux ont été utilisés pour analyser l'efficacité du qigong dans un cadre médical. Les éléments historiques et culturels ont également été intégrés pour situer les pratiques dans leur contexte socio-historique. La recherche a ainsi révélé la complexité des savoirs et des pratiques liés au qigong et leur évolution dans un contexte de transformations sociales.

Résultats Principaux

Les résultats de la recherche mettent en évidence plusieurs dimensions clés du qigong. Tout d'abord, le qigong apparaît comme un phénomène social qui transcende la simple pratique individuelle. En tant que vecteur d'interaction sociale, il joue un rôle crucial dans le renouveau religieux et dans la construction d'une identité culturelle en Chine. Les pratiques de qigong favorisent la création de réseaux sociaux et d'organisations qui rassemblent divers acteurs de la société, allant des pratiquants aux institutions médicales.

Ensuite, les tensions entre les composantes médicales et religieuses du qigong soulignent les enjeux de légitimation qui traversent cette pratique. Les efforts pour démontrer l'efficacité scientifique du qigong s'accompagnent d'une préservation des éléments religieux, révélant une dynamique hybride. Les protocoles de recherche et les références historiques culturelles sont utilisés pour valider les pratiques, ce qui témoigne d'une recomposition des savoirs au sein de la tradition.

La relation maître-disciple se révèle être un mécanisme central dans la transmission des savoirs de qigong. Cette relation non seulement préserve les techniques, mais permet également une enrichissement du savoir collectif à travers des échanges intergénérationnels. Les variations dans les biographies ethnographiques des pratiquants illustrent la diversité des parcours et des expériences, mettant en lumière les processus de socialisation et d'apprentissage.

Enfin, le qigong se positionne comme un observatoire des transformations sociales en Chine, en particulier dans le cadre des réformes économiques et des interactions entre l'État et la société civile. La pratique reflète des processus d'adaptation aux exigences contemporaines tout en préservant des racines ancestrales, illustrant ainsi la capacité des savoirs traditionnels à coexister avec des approches modernes de la santé.

Discussion et Perspectives

Les implications de cette recherche s'étendent au-delà des frontières chinoises, notamment dans le contexte de la médecine intégrée. La diversité des pratiques médicales en Afrique de l'Ouest pourrait bénéficier d'un modèle inspiré du qigong, où les savoirs traditionnels et modernes se rencontrent pour répondre aux besoins locaux. Cette approche pourrait favoriser une meilleure intégration de pratiques de santé alternatives dans les systèmes de santé existants.

La complexité du qigong en tant que pratique sociale hybride éclaire les interactions entre science et religion, tradition et modernité. En examinant ces dynamiques, il est possible de mieux comprendre comment des pratiques comme le qigong contribuent à façonner les identités culturelles et les systèmes de santé contemporains. Les transformations sociales en Chine, ainsi que la globalisation, incitent à repenser les relations entre les différentes dimensions de la santé, tout en interrogeant les implications sociopolitiques de ces pratiques.

La recherche sur le qigong ouvre des pistes pour des études futures sur les interactions entre savoirs traditionnels et pratiques médicales modernes dans d'autres contextes culturels. Les enjeux de légitimation, de transmission et d'évolution des pratiques de santé restent des questions centrales pour appréhender les transformations en cours dans les sociétés contemporaines.

Accéder à l'étude complète

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Sources et accès

Evelyne Micollier. Un aspect du pluralité médicale en Chine populaire: les pratiques de qigong. Dimension thérapeutique, dimension sociale . Anthropologie sociale et ethnologie. Aix-Marseille Université, 1995. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-01182166⟩