Au sein de ISYEB, Manon Curaudeau a identifié l'écureuil Funisciurus anerythrus comme réservoir probable du virus monkeypox en Afrique.
L'Essentiel : Au sein de ISYEB, Manon Curaudeau a identifié l'écureuil Funisciurus anerythrus comme réservoir probable du virus monkeypox en Afrique.
Manon Curaudeau, chercheur·e au sein de ISYEB (Institut Pasteur [Paris]).
Thèse soutenue en 2025 à l'école doctorale École doctorale Frontières de l'innovation en recherche et éducation (Paris ; 2006-....).
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
Contexte et Problématique
Le virus monkeypox (MPXV), identifié pour la première fois chez des macaques en 1958, est principalement associé à des épidémies localisées en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Bien que le virus ait été détecté chez un large éventail de mammifères africains, le rôle exact de ces espèces en tant que réservoirs ou hôtes secondaires du MPXV reste incertain. Cette recherche se concentre sur l'identification des espèces animales susceptibles de servir de réservoir au MPXV, un aspect fondamental pour comprendre l'évolution spatio-temporelle du virus. L'identification de ces réservoirs est cruciale pour la mise en place de stratégies de prévention et de contrôle des épidémies de monkeypox, qui représentent une menace pour la santé publique en Afrique et au-delà.
Méthodologie
L'étude menée par Manon Curaudeau à l'Institut Pasteur adopte une approche pluridisciplinaire, intégrant à la fois des méthodes de modélisation écologique et des analyses phylogéographiques. La première étape a consisté à reconstruire la niche écologique du MPXV en utilisant des données d'occurrence disponibles sur les mammifères hôtes et les cas index humains. Cette modélisation a permis d'identifier les zones géographiques présentant un risque accru d'émergence du virus, notamment les forêts de Haute et Basse Guinée ainsi que le bassin du Congo.
Suite à cette reconstruction, les niches écologiques ont été comparées à celles de 99 mammifères candidats présents dans ces habitats forestiers. Cette approche a permis de cibler les espèces les plus susceptibles d'agir comme réservoirs du MPXV. Dans une seconde phase, une étude phylogéographique a été réalisée sur l'écureuil Funisciurus anerythrus, considéré comme un candidat potentiel. Cette étude a impliqué le séquençage des génomes de 31 écureuils africains, dont 21 représentants du genre Funisciurus, pour analyser la structuration géographique de cette espèce.
Résultats Principaux
Les résultats de cette recherche indiquent que l'écureuil Funisciurus anerythrus est le réservoir le plus probable du MPXV. La modélisation écologique a confirmé que la niche du MPXV recouvre principalement les forêts d'Afrique de l'Ouest, en particulier en Haute et Basse Guinée ainsi que dans le bassin du Congo. L'analyse phylogéographique a révélé l'existence de quatre lignées géographiques chez F. anerythrus, correspondant à des blocs forestiers distincts : Haute Guinée, forêts reliques du Dahomey gap, Basse Guinée et bassin du Congo. Cette structuration des lignées géographiques est cohérente avec les données précédemment publiées sur le MPXV, ce qui renforce l'hypothèse d'une coévolution entre le virus et son hôte.
Discussion et Perspectives
L'identification de F. anerythrus comme un réservoir potentiel du MPXV a des implications significatives pour la compréhension des dynamiques épidémiologiques de cette maladie. La structuration géographique observée chez l'écureuil suggère que des barrières biogéographiques peuvent influencer la dispersion du virus. Ces résultats soulignent l'importance de la surveillance des populations animales, en particulier dans les zones forestières identifiées comme à risque d'émergence du monkeypox.
Les implications de cette recherche vont au-delà de la simple identification d'un réservoir. Elles touchent à la santé publique, à la biodiversité et à la gestion des écosystèmes. L'émergence des épidémies de monkeypox pourrait être exacerbée par les changements environnementaux, ce qui rend d'autant plus urgent le besoin d'initiatives de conservation et de recherche. Les politiques publiques devraient intégrer ces nouvelles connaissances pour élaborer des stratégies de prévention efficaces. Cela pourrait inclure des programmes de sensibilisation, des efforts de conservation ciblés et des collaborations internationales visant à surveiller la santé des écosystèmes.
La recherche sur le monkeypox et son potentiel réservoir animal ouvre également la voie à des études futures portant sur les interactions complexes entre les espèces, les écosystèmes et les agents pathogènes. Une compréhension approfondie de ces relations est essentielle pour prévenir et contrôler les épidémies de maladies zoonotiques en Afrique et au-delà.
Accéder à l'étude complète
Sources et accès
Manon Curaudeau. Une approche pluridisciplinaire pour identifier les réservoirs animaux du virus du monkeypox en Afrique. Bactériologie. Université Paris Cité, 2025. Français. ⟨NNT : 2025UNIP7013⟩. ⟨tel-05438044⟩
