Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche explore les risques de procréation au Burkina Faso à travers une approche ethnographique.
L'Essentiel : Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche explore les risques de procréation au Burkina Faso à travers une approche ethnographique.
Sophie Servais-Walenda, chercheur·e au sein de TransVIHMI (Institut de Recherche pour le Développement).
Thèse soutenue en 2018 à l'école doctorale École doctorale Sciences Chimiques et Biologiques pour la Santé (Montpellier ; 1992-....).
Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
La santé maternelle au Burkina Faso est un sujet complexe, souvent réduit à des statistiques et des chiffres qui, bien que révélateurs d'une certaine réalité, ne peuvent à eux seuls rendre compte de la richesse et de la profondeur des expériences vécues par les femmes. Derrière chaque donnée se cache une réalité humaine, des histoires de femmes qui vivent des risques liés à la procréation dans un contexte socio-culturel particulier. Cette recherche ethnographique met en lumière ces expériences vécues, révélant que les femmes ne sont pas seulement des victimes passives des politiques de santé, mais des actrices qui évaluent et priorisent les risques qui les concernent. Elles naviguent dans un monde où les choix sont souvent limités, mais où leur agency est bien présente.
Les politiques de santé de la mère et de l’enfant, souvent basées sur une approche quantitative, ont fréquemment ignoré la diversité des situations vécues par les femmes. En se concentrant uniquement sur des indicateurs tels que le taux de mortalité maternelle ou le nombre de consultations prénatales, ces politiques ont négligé les contextes sociaux et culturels qui influencent la perception du risque. Par exemple, dans certaines régions rurales, les femmes peuvent avoir accès à des soins de santé limités, mais elles possèdent une connaissance approfondie des plantes médicinales locales qui peuvent être utilisées pour traiter des maux courants. Les femmes, par leur vécu, nous rappellent que le risque est un construit social, façonné par des expériences personnelles et collectives, et qu'il est essentiel de prendre en compte ces dimensions pour comprendre pleinement la santé maternelle.
L'étude révèle également une banalisation du risque VIH/sida, malgré la persistance de la stigmatisation sociale qui l'entoure. Les femmes partagent leurs préoccupations concernant l'exposition aux pesticides, souvent utilisés dans leur environnement de travail, notamment dans l'agriculture, où les pratiques de culture intensive sont de plus en plus courantes. Cette exposition peut avoir des conséquences graves sur leur santé et celle de leurs enfants à naître. De plus, elles expriment une méfiance croissante envers le système de santé, perçu comme une menace plutôt qu'un soutien. Cette crise de confiance se traduit par des maltraitances vécues durant la grossesse, exacerbant les risques pour la santé maternelle et infantile. Les témoignages de femmes qui ont été maltraitées lors d'accouchements dans des structures de santé soulignent l'urgence d'une réforme en profondeur du système de santé.
Les résultats de cette recherche soulignent l'importance de reconnaître les risques environnementaux et les conditions de travail informelles comme des enjeux majeurs de santé publique. Les femmes sont souvent confrontées à des conditions de travail précaires, sans protection adéquate, ce qui augmente leur vulnérabilité. Par exemple, les travailleuses agricoles, qui manipulent des produits chimiques sans équipement de protection, sont à risque non seulement pour leur santé, mais aussi pour celle de leurs enfants. Les décideurs doivent prendre en compte ces réalités pour élaborer des politiques de santé plus adaptées et efficaces.
En intégrant les voix des femmes et en valorisant leur expérience, il est possible de transformer la manière dont nous abordons la santé maternelle en Afrique de l'Ouest. Cela nécessite une approche holistique qui inclut non seulement des soins médicaux, mais aussi des initiatives éducatives et des programmes de sensibilisation sur les risques environnementaux. Par exemple, des campagnes de sensibilisation sur l'utilisation sécurisée des pesticides et des formations sur les droits des femmes en matière de santé pourraient contribuer à renforcer la confiance dans le système de santé. De plus, il est crucial d'impliquer les femmes dans la conception et la mise en œuvre des politiques de santé, afin qu'elles puissent exprimer leurs besoins et leurs préoccupations. En fin de compte, une approche centrée sur les femmes pourrait non seulement améliorer la santé maternelle, mais aussi renforcer le tissu social et économique des communautés au Burkina Faso et au-delà.
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Sources et accès
Sophie Servais-Walenda. La maternité avec risques : une analyse ethnographique des risques autour de la procréation au Burkina Faso. Médecine humaine et pathologie. Université Montpellier, 2018. Français. ⟨NNT : 2018MONTT056⟩. ⟨tel-01988120⟩
