Menee conjointement par UJML et UGB, cette recherche interroge la construction des indicateurs d'évaluation des politiques publiques d'aide au développement.
L'Essentiel : Menee conjointement par UJML et UGB, cette recherche interroge la construction des indicateurs d'évaluation des politiques publiques d'aide au développement.
Cristèle Bernard, chercheur·e au sein de GERCOP (Université Jean Moulin - Lyon 3).
Thèse soutenue en 2013.
Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.
La construction des indicateurs dans les évaluations des politiques publiques d'aide au développement soulève des questions fondamentales sur les relations entre les pays occidentaux et africains. Ces indicateurs, souvent présentés comme des outils neutres, sont en réalité le reflet de rapports de pouvoir inégaux. Ils sont façonnés par des intérêts politiques qui influencent les normes et les méthodes d'évaluation. Cette thèse met en lumière la nécessité de déconstruire ces systèmes de domination, en intégrant la construction des indicateurs dans le champ de la négociation et du pouvoir.
Les méthodes de construction des indicateurs varient considérablement, ce qui peut mener à des biais dans l'évaluation des politiques d'aide. Par exemple, les indicateurs de croissance économique, souvent privilégiés par les bailleurs de fonds, ne tiennent pas toujours compte des inégalités croissantes au sein des pays africains. Les pays occidentaux, en particulier, ont tendance à imposer leurs propres visions du développement, souvent au détriment des contextes locaux. Cela soulève des questions sur la légitimité des indicateurs utilisés et sur leur capacité à réellement refléter les besoins et les aspirations des pays africains.
Il est crucial de questionner la neutralité des indicateurs. Sont-ils réellement conçus pour servir le développement ou pour maintenir des rapports de pouvoir existants ? La recherche de Cristèle Bernard nous pousse à réfléchir sur la manière dont les indicateurs peuvent être utilisés pour défendre des visions politiques spécifiques, et comment cela impacte les décisions prises au niveau international. Par exemple, l'indicateur de l'Indice de Développement Humain (IDH) est souvent critiqué pour sa capacité à masquer des réalités locales complexes, en se concentrant sur des moyennes qui peuvent dissimuler des disparités régionales ou communautaires.
Les décideurs doivent être conscients de ces dynamiques et s'efforcer de créer des indicateurs qui soient véritablement représentatifs des réalités locales. Cela nécessite une approche collaborative, où les voix africaines sont entendues et intégrées dans le processus de construction des indicateurs. Les pays africains doivent être impliqués dès le début du processus, en participant à la définition des indicateurs qui reflètent leurs propres priorités et défis. Par exemple, des initiatives comme le Programme de Développement Durable à l'Horizon 2030, qui prône la participation des pays en développement, montrent qu'il est possible d'impliquer les acteurs locaux dans la définition des objectifs et des indicateurs.
En fin de compte, il s'agit de redéfinir ce que signifie le développement et de s'assurer que les politiques publiques d'aide au développement servent réellement les intérêts des pays concernés. Cela implique également une remise en question des paradigmes dominants du développement, qui souvent privilégient des approches technocratiques au détriment des réalités sociales et culturelles.
Les implications de cette réflexion sont vastes. En intégrant des indicateurs qui prennent en compte les spécificités culturelles, économiques et sociales des pays africains, nous pouvons espérer des politiques d'aide plus efficaces et plus justes. Cela pourrait également contribuer à renforcer la souveraineté des pays africains en matière de développement, en leur permettant de définir leurs propres priorités.
Il est donc impératif que les institutions internationales et les bailleurs de fonds reconsidèrent leur approche en matière d'évaluation des politiques publiques d'aide au développement. En adoptant une perspective plus inclusive et en valorisant les savoirs locaux, nous pouvons espérer construire des indicateurs qui non seulement mesurent le progrès, mais qui contribuent également à un véritable développement durable et équitable.
Ainsi, la construction des indicateurs ne doit pas être perçue comme une simple question technique, mais comme un enjeu politique majeur qui nécessite une réflexion approfondie et une action concertée. En fin de compte, il s'agit de transformer les rapports de pouvoir en faveur d'une véritable justice sociale et économique, tant au niveau local qu'international.
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Sources et accès
Cristèle Bernard. La construction des indicateurs dans les évaluations des politiques publiques d'aide au développement. Science politique. Ecole doctorle de Droit Univesrité Jean Moulin/Lyon 3, 2013. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-01178072⟩
