Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche évalue la stratégie 'Dépister et Traiter' pour le VIH chez les HSH en Afrique de l'Ouest.
L'Essentiel : Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche évalue la stratégie 'Dépister et Traiter' pour le VIH chez les HSH en Afrique de l'Ouest.
ter Tiero Elias Dah, chercheur·e au sein de TransVIHMI (Institut de Recherche pour le Développement).
Thèse soutenue en 2021 à l'école doctorale École doctorale Sciences Chimiques et Biologiques pour la Santé (Montpellier ; 1992-....).
Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
L'épidémie du VIH en Afrique de l'Ouest, particulièrement parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH), nécessite une attention particulière et soutenue. Cette population, souvent marginalisée, représente un groupe à haut risque qui mérite des interventions ciblées et efficaces. La stratégie 'Dépister et Traiter', recommandée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), vise à réduire la transmission du virus en ciblant cette population clé, mais les résultats de l'étude menée dans le cadre du projet CohMSM ANRS 12324-Expertise France révèlent des éléments cruciaux pour les décideurs.
D'une part, l'observance au dépistage est satisfaisante chez les HSH séronégatifs, ce qui témoigne d'une volonté d'engagement envers leur santé. Cependant, l'incidence du VIH reste élevée dans cette population, ce qui soulève des questions sur l'efficacité des stratégies actuelles mises en place. Pourquoi, malgré un bon taux d'acceptation du traitement antirétroviral (ARV) chez les HSH séropositifs, la rétention dans les soins est-elle si faible ? Ce paradoxe pourrait être attribué à plusieurs facteurs.
- Stigmatisation et discrimination : Les HSH font souvent face à des stigmates sociaux qui les empêchent de chercher des soins de santé. La peur du jugement peut dissuader ces individus de se rendre dans des centres de santé, même lorsqu'ils sont conscients de leur statut sérologique.
- Manque de soutien psychologique : L'absence de soutien psychologique et émotionnel peut également jouer un rôle majeur. Les HSH peuvent éprouver des sentiments de honte ou d'isolement, ce qui complique leur engagement dans un suivi médical régulier.
La réponse à ces défis pourrait résider dans la nécessité d'une approche plus intégrée, incluant la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les HSH séronégatifs. La PrEP, qui consiste à prendre un traitement antirétroviral pour prévenir l'infection par le VIH, pourrait jouer un rôle clé dans la réduction de l'incidence du VIH dans cette population. En offrant la PrEP, les professionnels de santé pourraient non seulement protéger les HSH séronégatifs, mais aussi renforcer leur confiance dans le système de santé.
D'autre part, l'initiation rapide du traitement ARV est un pas dans la bonne direction, mais elle ne suffit pas à garantir une rétention optimale des patients. Les décideurs doivent se pencher sur les raisons de cette sous-optimisation. Est-ce un manque de suivi post-traitement ? Les HSH séropositifs ont-ils accès à des services de santé adaptés qui répondent à leurs besoins spécifiques ?
- Barrières d'accès aux soins : Les infrastructures de santé peuvent être inadaptées ou insuffisantes pour accueillir les HSH, ce qui complique encore leur accès aux soins. Les centres de santé doivent être formés pour offrir des services inclusifs et adaptés.
- Soutien communautaire : Le développement de réseaux de soutien communautaire pourrait également améliorer la rétention dans les soins. Des groupes de soutien dirigés par des pairs pourraient offrir un espace sûr pour discuter des défis liés à la santé et à la vie quotidienne.
Il est impératif de repenser la stratégie de dépistage et de traitement. L'ajout de la PrEP pourrait non seulement réduire l'incidence du VIH, mais aussi renforcer la confiance des HSH séronégatifs dans le système de santé. Les décideurs doivent agir rapidement pour adapter les politiques de santé publique afin de répondre aux besoins spécifiques de cette population.
En somme, la lutte contre le VIH en Afrique de l'Ouest nécessite une approche holistique, prenant en compte non seulement le dépistage et le traitement, mais aussi la prévention et le soutien continu des patients. Les résultats de cette recherche devraient inciter à une réflexion profonde sur les politiques de santé en Afrique de l'Ouest.
Il est essentiel que les gouvernements et les organisations non gouvernementales collaborent pour créer des programmes qui répondent aux besoins des HSH. Cela pourrait inclure des campagnes de sensibilisation pour réduire la stigmatisation, ainsi que des formations pour les professionnels de santé afin qu'ils soient mieux équipés pour traiter cette population avec respect et dignité.
Enfin, il est crucial d'impliquer les HSH dans la conception et la mise en œuvre des programmes de santé. Leur expérience et leur perspective peuvent offrir des insights précieux pour développer des interventions efficaces et adaptées. La lutte contre le VIH ne peut être gagnée sans l'engagement actif de ceux qui sont directement touchés par cette épidémie.
Données clés
- 95% : pourcentage des HSH séropositifs acceptant d'initier le traitement ARV immédiatement.
Accéder à l'étude complète
Sources et accès
ter Tiero Elias Dah. Evaluation de la stratégie 'Dépister et Traiter' dans l'infection par le VIH chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes en Afrique de l'ouest. Médecine humaine et pathologie. Université Montpellier, 2021. Français. ⟨NNT : 2021MONTT032⟩. ⟨tel-03445709⟩
