Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche explore les trajectoires des femmes usagères de drogues à Dakar.
L'Essentiel : Menee conjointement par IRD et INSERM, cette recherche explore les trajectoires des femmes usagères de drogues à Dakar.
Rose André Yandé Faye, chercheur·e au sein de TransVIHMI; CRCF (Institut de Recherche pour le Développement).
Thèse soutenue en 2022 à l'école doctorale École Doctorale Études sur l’Homme et la Société (ÉT.HO.S.).
Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.
La recherche sur les femmes usagères de drogues injectables à Dakar révèle une réalité souvent ignorée et méconnue du grand public. Ces femmes, bien que minoritaires parmi les usagers de drogues, sont confrontées à des vulnérabilités spécifiques qui méritent une attention particulière. Leur consommation d'héroïne et de crack, souvent liée à des situations de précarité économique et sociale, les expose à des risques accrus de VIH et de VHC. En effet, elles représentent 1/10 des patients suivis au CEPIAD, un centre de prise en charge des addictions. Cette situation soulève des questions cruciales sur l'accès aux soins et la stigmatisation dont elles sont victimes, qui sont souvent exacerbées par des préjugés culturels et sociaux profondément ancrés dans la société sénégalaise.
Les femmes usagères de drogues à Dakar vivent dans un contexte où les normes de genre jouent un rôle déterminant dans leur trajectoire. Par exemple, elles peuvent être perçues comme des déviantes, ce qui renforce leur isolement et leur vulnérabilité. L'étude a identifié quatre profils de femmes, chacun avec des trajectoires et des besoins distincts. Ces profils montrent que les facteurs d'entrée dans la consommation de drogues varient, allant de l'influence des pairs à des relations amoureuses, en passant par des douleurs physiques à soulager. Ces éléments mettent en lumière la complexité des raisons qui poussent ces femmes vers la consommation de substances.
La pandémie de COVID-19 a exacerbé leur précarité, augmentant les défis économiques et sociaux auxquels elles sont confrontées. Les confinements et les restrictions de mouvement ont limité leur accès aux ressources essentielles, qu'il s'agisse de soins de santé, de soutien psychologique ou d'opportunités d'emploi. De plus, la crise sanitaire a accru la stigmatisation, car ces femmes sont souvent perçues comme des vecteurs de contagion, ce qui les pousse davantage dans l'ombre.
Il est impératif de diversifier les approches de prise en charge pour mieux répondre aux besoins spécifiques de ces femmes. Les politiques publiques doivent intégrer une perspective de genre et tenir compte des réalités vécues par ces usagères. Par exemple, des programmes de sensibilisation qui incluent des témoignages de femmes ayant surmonté leurs addictions pourraient contribuer à réduire la stigmatisation. La recherche appelle à une mobilisation des acteurs de la santé, des décideurs politiques et des organisations de la société civile pour développer des solutions adaptées.
La stigmatisation et les obstacles à l'accès aux soins doivent être abordés de manière proactive. Les décideurs doivent s'engager à créer un environnement favorable à la réduction des risques et à la réhabilitation des femmes usagères de drogues. Cela nécessite une sensibilisation accrue et une formation des professionnels de santé pour mieux comprendre et traiter cette population vulnérable.
Il est également crucial d'impliquer les femmes elles-mêmes dans le processus de décision concernant leur prise en charge. Des groupes de parole et des ateliers de formation pourraient être mis en place pour leur permettre de partager leurs expériences et de contribuer à l'élaboration de politiques adaptées. En outre, il serait judicieux de développer des programmes de réinsertion socio-économique qui tiennent compte des spécificités de ces femmes, leur offrant ainsi des alternatives viables à la consommation de drogues.
Enfin, la collaboration entre les différents acteurs, qu'ils soient gouvernementaux, non gouvernementaux ou communautaires, est essentielle pour créer un réseau de soutien solide. En Afrique de l'Ouest, où les défis liés aux addictions sont souvent sous-estimés, il est temps d'agir pour garantir que les voix des femmes usagères de drogues soient entendues et prises en compte. En somme, il est nécessaire de repenser notre approche face à cette problématique, en intégrant une vision holistique qui valorise la dignité et les droits des femmes tout en luttant contre les inégalités de genre et les discriminations qui les touchent.
Données clés
- 1/10 : Proportion de femmes usagères de drogues parmi les patients suivis au CEPIAD.
Accéder à l'étude complète
Sources et accès
Rose André Yandé Faye. Genre et addictions : les trajectoires des femmes usagères de drogues au Sénégal. Anthropologie sociale et ethnologie. Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (Sénégal), 2022. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-04952503⟩
