Publié le 3 mai 2026·7 min de lecture
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Menee conjointement par IRD et AMU, cette recherche explore la pénalisation du viol en Côte d’Ivoire et ses implications sociopolitiques.

L'Essentiel : Menee conjointement par IRD et AMU, cette recherche explore la pénalisation du viol en Côte d’Ivoire et ses implications sociopolitiques.

Annick Gnazalé, chercheur·e au sein de LPED; CUB (Institut de Recherche pour le Développement).

Thèse soutenue en 2024.

Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.

Le viol, longtemps considéré comme un tabou en Côte d'Ivoire, a émergé comme un problème public majeur durant la décennie de crise politico-militaire entre 2002 et 2011. Cette période tumultueuse a révélé l'ampleur de la violence sexuelle et l'impunité des auteurs, incitant à une réflexion profonde sur la législation et les réponses publiques. L'étude d'Annick Gnazalé, qui s'inscrit dans le champ de la sociologie du droit et de l'action publique, met en lumière le passage d'un silence pesant à une prise de conscience collective, un changement qui mérite d'être exploré en profondeur.

Avant 2002, le viol était enfermé dans une spirale du silence, tant chez les législateurs que dans le système judiciaire et parmi les victimes. Ce silence était alimenté par la peur des représailles, l'isolement social et un manque de soutien institutionnel. Les victimes, souvent stigmatisées, hésitaient à dénoncer les actes subis, craignant non seulement pour leur sécurité, mais aussi pour leur réputation. Dans ce contexte, le viol était perçu comme une affaire privée, reléguée aux méandres de la honte et du déshonneur. Cependant, la crise a catalysé une évolution des discours et des pratiques, transformant le viol en un enjeu de légitimité pour les acteurs étatiques.

Les engagements internationaux, notamment ceux relatifs à la lutte contre les violences sexuelles, ont également joué un rôle crucial dans cette dynamique. Des conventions telles que la Déclaration de Nairobi sur la violence à l'égard des femmes ou encore les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ont incité les gouvernements à prendre des mesures concrètes. En Côte d'Ivoire, la pression internationale a contribué à faire émerger des lois plus strictes et à renforcer les mécanismes de protection des victimes.

Les résultats de cette recherche soulignent que le passage du silence au sens s'accompagne d'une inflation du discours public sur le viol. Ce phénomène est révélateur d'une volonté de répondre aux attentes sociétales et de se conformer aux normes internationales. Les campagnes de sensibilisation, les formations des forces de l'ordre et les initiatives communautaires se sont multipliées, témoignant d'une prise de conscience collective. Cependant, cette inflation du discours soulève également des questions sur la véritable efficacité des mesures mises en place.

La question se pose alors : comment ces changements peuvent-ils être pérennisés et intégrés dans des politiques publiques efficaces ? Il est impératif que les décideurs prennent en compte ces dynamiques pour élaborer des stratégies de lutte contre le viol qui soient non seulement réactives, mais également préventives. Cela nécessite une approche holistique, impliquant les communautés, les institutions judiciaires et les acteurs de la société civile.

Une telle approche pourrait inclure des programmes éducatifs visant à sensibiliser les jeunes sur les questions de consentement et de respect mutuel. Par exemple, des ateliers dans les écoles pourraient aborder ces thématiques de manière interactive, permettant aux adolescents de discuter ouvertement des enjeux liés à la sexualité et à la violence. De plus, le soutien psychologique aux victimes doit être renforcé, avec la création de centres d'écoute et d'accompagnement adaptés.

La recherche de Gnazalé offre des pistes de réflexion sur la manière dont la pénalisation du viol peut être intégrée dans un cadre plus large de promotion des droits humains et d'égalité de genre. En effet, la lutte contre le viol ne peut être dissociée des efforts visant à promouvoir l'égalité entre les sexes. Il est essentiel de s'attaquer aux stéréotypes de genre qui perpétuent la violence et de promouvoir des modèles de masculinité positive.

En somme, la lutte contre le viol en Côte d'Ivoire doit être envisagée comme un processus dynamique, nécessitant l'engagement de tous les acteurs de la société. Les défis restent nombreux, mais les avancées réalisées ces dernières années montrent qu'un changement est possible. Il appartient désormais aux décideurs de transformer cette prise de conscience en actions concrètes et durables, afin de garantir un avenir où chaque individu, indépendamment de son genre, puisse vivre en sécurité et en dignité.

Accéder à l'étude complète

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Sources et accès

Annick Gnazalé. Sociohistoire de la pénalisation du viol en Côte d’Ivoire. Sciences de l'Homme et Société. Université Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), 2024. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-05005636v2⟩