Au sein de GREDEG, Kanga Mireille Ekra a exploré le lien entre droit foncier rural et sécurité alimentaire en Côte d'Ivoire.
L'Essentiel : Au sein de GREDEG, Kanga Mireille Ekra a exploré le lien entre droit foncier rural et sécurité alimentaire en Côte d'Ivoire.
Kanga Mireille Ekra, chercheur·e au sein de GREDEG (Université Nice Sophia Antipolis (1965 - 2019)).
Thèse soutenue en 2025 à l'école doctorale Droit et Sciences Politiques, Économiques et de Gestion.
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
La sécurité alimentaire est un enjeu fondamental pour les pays en développement, et le droit foncier rural en Côte d'Ivoire en est un pilier central. En effet, la sécurité alimentaire ne se limite pas seulement à la disponibilité des aliments, mais englobe également l'accès à ces ressources, leur utilisation et leur durabilité. La loi de 1998 sur le droit foncier rural a introduit un régime de propriété privée et un libéralisme économique qui, bien que visant à sécuriser les terres, favorisent une élite au détriment des petits exploitants agricoles. Ce déséquilibre met en péril la sécurité alimentaire, car les agriculteurs locaux, souvent autochtones, se retrouvent marginalisés dans un système qui ne répond pas à leurs besoins.
Les petits exploitants, qui représentent une part significative de la production agricole, sont souvent confrontés à des défis liés à l'accès à la terre. En Côte d'Ivoire, près de 70 % de la population dépend de l'agriculture pour sa subsistance. Cependant, les règles coutumières, bien que respectées par les communautés, sont souvent ignorées par les lois modernes qui privilégient la propriété privée. Cela crée une tension entre les droits des autochtones et les exigences du marché. Par exemple, un agriculteur qui a cultivé une parcelle de terre pendant des générations peut se voir expulsé au profit d'investisseurs qui souhaitent développer des plantations commerciales.
Cette situation n'est pas unique à la Côte d'Ivoire, mais elle est symptomatique d'une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où les terres agricoles sont de plus en plus convoitées par des intérêts privés et étrangers. Les conséquences de cette dynamique sont profondes : la perte de terres pour les petits exploitants entraîne non seulement une diminution de la production alimentaire, mais également une augmentation de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire.
Une alternative pourrait résider dans l'instauration d'un régime de propriété coutumière qui respecterait les droits des peuples autochtones et répondrait aux besoins alimentaires des communautés agricoles. Ce changement pourrait non seulement améliorer la sécurité alimentaire, mais également renforcer la cohésion sociale et la durabilité des pratiques agricoles. En intégrant les pratiques traditionnelles dans le cadre légal, on pourrait favoriser une agriculture plus résiliente, capable de faire face aux défis climatiques et économiques.
Il est impératif que les décideurs prennent en compte ces dynamiques pour élaborer des politiques qui favorisent un accès équitable à la terre. La question du foncier ne doit pas être vue uniquement sous l'angle économique, mais également comme un enjeu social et culturel. Les témoignages des petits exploitants révèlent une réalité où la terre est plus qu'un simple bien économique; elle est le fondement de leur identité et de leur survie. Par exemple, dans certaines régions, la terre est considérée comme un héritage familial, un symbole de l'appartenance à une communauté.
Les politiques foncières doivent donc être conçues en tenant compte des réalités vécues par les agriculteurs. Cela implique d'écouter les voix des communautés locales, de reconnaître leurs droits et de leur donner une place dans le processus décisionnel. Des initiatives telles que des forums communautaires ou des consultations publiques pourraient être mises en place pour recueillir les préoccupations des agriculteurs et intégrer leurs besoins dans les politiques foncières.
En conclusion, la réflexion sur le droit foncier rural en Côte d'Ivoire doit aller au-delà des simples considérations légales. Il s'agit d'un enjeu complexe qui nécessite une approche intégrée, prenant en compte les réalités vécues par les agriculteurs et les implications pour la sécurité alimentaire. La sécurité alimentaire ne peut être atteinte sans un accès équitable à la terre, et cela nécessite une volonté politique forte pour réformer les lois foncières et protéger les droits des petits exploitants. En fin de compte, garantir la sécurité alimentaire en Côte d'Ivoire est un impératif non seulement pour le bien-être des agriculteurs, mais aussi pour la stabilité et le développement durable du pays.
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Sources et accès
Kanga Mireille Ekra. La sécurité alimentaire à l'épreuve du droit foncier rural en Côte d'Ivoire. Droit. Université Côte d'Azur, 2025. Français. ⟨NNT : 2025COAZ0012⟩. ⟨tel-05408489⟩
