Au sein de P&T, Aminata Sarr a exploré l'impact des pesticides sur la santé materno-fœtale au Sénégal.
L'Essentiel : Au sein de P&T, Aminata Sarr a exploré l'impact des pesticides sur la santé materno-fœtale au Sénégal.
Aminata Sarr, chercheur·e au sein de P&T (CHU Limoges).
Thèse soutenue en 2026 à l'école doctorale École doctorale Ω-LIM-Biologie-Chimie-Santé (Limoges ; 2022-).
Référencée dans le réseau ABES/STAR, cette thèse répond aux critères de rigueur de l'enseignement supérieur français.
L'étude menée par Aminata Sarr au sein du laboratoire P&T met en lumière une problématique cruciale : l'impact des pesticides sur la santé materno-fœtale au Sénégal. Alors que l'intensification agricole est souvent perçue comme un moteur de développement économique et social, elle entraîne également une contamination environnementale diffuse, dont les conséquences sur la santé des mères et des nouveau-nés sont encore largement sous-estimées. En effet, le Sénégal, comme de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, a vu sa dépendance aux pesticides augmenter avec l'essor de l'agriculture intensive, notamment dans les cultures de coton, d'arachide et de fruits. Les résultats de cette recherche révèlent une co-exposition à plusieurs familles chimiques de pesticides, avec des effets néfastes sur le développement fœtal et néonatal, ce qui soulève des inquiétudes quant à la santé publique dans un contexte où les systèmes de santé sont déjà fragiles.
La méthodologie adoptée par Aminata Sarr, alliant biosurveillance humaine et validation mécanistique in vivo, permet de caractériser l'imprégnation précoce des nouveau-nés. L'analyse du sang de cordon, du méconium et du lait maternel a mis en évidence des résidus de pesticides, confirmant ainsi le transfert materno-fœtal. Ce transfert pose des questions alarmantes sur la santé publique, notamment en raison de l'immaturité des systèmes de détoxification fœtaux, qui rendent les nouveau-nés particulièrement vulnérables aux effets toxiques. Par exemple, des études antérieures ont montré que des résidus de pesticides comme le glyphosate et les organophosphorés peuvent altérer le développement neurologique des enfants, entraînant des troubles d'apprentissage et des problèmes de comportement à long terme.
Les résultats expérimentaux, obtenus à partir d'un modèle murin juvénile, montrent une induction dose-dépendante du stress oxydatif dans divers tissus, avec des lésions systémiques persistantes. Ces observations soulignent la nécessité d'une réforme des pratiques agricoles au Sénégal, où l'utilisation de pesticides doit être régulée pour protéger la santé des populations. Les implications de cette recherche vont au-delà du cadre académique : elles interpellent les décideurs politiques et les acteurs de la santé publique sur l'urgence d'agir. En effet, la réglementation actuelle sur l'utilisation des pesticides au Sénégal est souvent insuffisante et mal appliquée, ce qui aggrave la situation.
Il est impératif de mettre en place un suivi de cohorte mère-enfant pour mieux comprendre les effets à long terme de l'exposition aux pesticides. Ce type d'étude longitudinale permettrait de collecter des données précieuses sur la santé des enfants exposés, facilitant ainsi l'élaboration de stratégies de prévention adaptées. Les résultats de cette étude doivent servir de base à des politiques publiques visant à réduire l'utilisation de pesticides nocifs et à promouvoir des pratiques agricoles durables. Par exemple, la promotion de l'agriculture biologique et des techniques agroécologiques pourrait non seulement diminuer l'exposition aux pesticides, mais aussi améliorer la santé des sols et la biodiversité, contribuant ainsi à un développement durable.
En somme, la recherche de Sarr ne se limite pas à une simple observation scientifique, mais appelle à une action collective pour protéger la santé des générations futures. Les acteurs de la société civile, les organisations non gouvernementales et les communautés locales doivent également être impliqués dans cette lutte. La sensibilisation des agriculteurs aux dangers des pesticides et la formation sur des alternatives moins nocives sont des étapes essentielles pour changer les mentalités et les pratiques. En fin de compte, il s'agit d'un enjeu de santé publique majeur qui nécessite une réponse concertée et proactive de la part de tous les acteurs concernés.
Accéder à l'étude complète
Sources et accès
Aminata Sarr. Pesticides et Santé materno-foetale au Sénégal-PMETox : du biomonitoring aux marqueurs de stress oxydant induit. Médecine humaine et pathologie. Université de Limoges; Université Cheikh Anta Diop (Dakar, Sénégal ; 1957-..), 2026. Français. ⟨NNT : 2026LIMO0008⟩. ⟨tel-05681222⟩
