Publié le 28 février 2025·7 min de lecture

Menee conjointement par Cirad, cette recherche explore l'impact de l'anthropisation sur la biodiversité dans l'Aire Protégée Togodo.

L'Essentiel : Menee conjointement par Cirad, cette recherche explore l'impact de l'anthropisation sur la biodiversité dans l'Aire Protégée Togodo.

Amah Akodéwou, chercheur·e au sein de UPR Forêts et Sociétés (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement).

Thèse soutenue en 2019.

Cette recherche est le fruit d'une cotutelle internationale entre plusieurs institutions partenaires.

Contexte et Problématique

Entre 1974 et 2016, la végétation semi-naturelle de l'Aire Protégée Togodo, située dans le sud-est du Togo, a diminué de 67 % à 22 %. Cette réduction est le résultat de changements d’utilisation des terres, principalement dus à l'agriculture et à l'urbanisation. Les activités humaines affectent non seulement l'intégrité des écosystèmes, mais également la biodiversité. La prolifération des plantes envahissantes, qui représentent 14,70 % des 483 espèces recensées dans la région d’étude, en est un indicateur significatif. Ces plantes modifient la structure des écosystèmes, entraînant des pertes de rendement agricole et créant un cercle vicieux dans lequel l'agriculture intensifiée favorise leur essor. Les jachères, souvent négligées, deviennent des refuges pour ces espèces indésirables, posant des défis à la gestion durable des ressources.

Méthodologie

La thèse de Amah Akodéwou adopte une approche systémique, intégrant des outils modernes tels que les Systèmes d'Information Géographique (SIG) et la télédétection (Landsat et Sentinel 2) pour cartographier les changements paysagers de 1974 à 2016. Quatre périodes clés ont été analysées : 1974, 1986, 2003 et 2016. Des inventaires floristiques ont été réalisés sur des placettes de 50 mètres de côté, choisies en fonction des différentes utilisations des terres et des trajectoires de changements d’utilisation. Les relevés botaniques ont permis d’enregistrer l'abondance et la dominance de toutes les espèces végétales présentes. L’analyse fréquentielle a été utilisée pour étudier la diversité floristique, la structure de la végétation, les profils écologiques et les espèces envahissantes différentielles. De plus, des enquêtes ethnobotaniques couplées à des observations directes ont été menées pour documenter les pratiques de pilotage et les usages des plantes envahissantes par les populations locales.

Résultats Principaux

Les résultats de cette étude révèlent une augmentation notable de la superficie des cultures, passant de 33 % à 77 % entre 1974 et 2016. Malgré cette intensification des activités agricoles et les perturbations humaines, la diversité floristique totale de la région est relativement élevée, avec 483 espèces recensées. L’arrivée de nouvelles espèces, favorisées par les actions humaines, a même conduit à une augmentation de la diversité floristique.

Parmi les espèces recensées, 71 sont classées comme envahissantes ou potentiellement envahissantes, représentant 14,70 % de l'ensemble. Sur les 178 espèces dominantes, 30 sont envahissantes, ce qui équivaut à 16,85 %. Les résultats indiquent que les effets des activités humaines, tels que les types d’occupation du sol et les trajectoires de changement d’utilisation des terres, sont plus déterminants pour la présence des espèces envahissantes que les facteurs environnementaux physiques tels que la pédologie et la géologie. Les jachères sont particulièrement dominées par les plantes envahissantes, avec Pennisetum maximum, Chromolaena odorata et Sida costata comme espèces les plus dominantes.

L’étude montre également que plusieurs plantes envahissantes sont utilisées par les populations locales pour l’alimentation des volailles, des bovins et même pour l'alimentation humaine. Ces plantes fournissent des services tels que la bioindication, la fertilisation des sols et la lutte contre les insectes.

Discussion et Perspectives

Les résultats de cette recherche soulignent le besoin urgent de repenser la gestion des ressources naturelles dans l'Aire Protégée Togodo et ses périphéries. La dualité entre les plantes envahissantes, perçues à la fois comme une menace et comme une ressource utile, appelle à une approche intégrée de la conservation et de l’agriculture. La validation scientifique des pratiques agroécologiques pourrait offrir une alternative durable aux intrants chimiques, souvent coûteux et nuisibles pour la santé humaine et la qualité des sols.

Les données collectées par l’utilisation des SIG et de la télédétection permettent d'identifier des zones à risque et d'élaborer des stratégies de conservation ciblées. Les décideurs devraient intégrer ces connaissances locales et les résultats de recherche dans l'élaboration de politiques de gestion des terres. La situation à Togodo est représentative des défis que l'Afrique de l'Ouest doit relever en matière de biodiversité face à l'anthropisation. Les décisions prises aujourd'hui auront des répercussions importantes sur les générations futures, et la préservation de la biodiversité doit devenir une priorité dans les agendas politiques et économiques.

Données clés

  • 67 % à 22 % : Diminution de la végétation semi-naturelle entre 1974 et 2016.
  • 14,70 % : Proportion d'espèces envahissantes parmi les espèces recensées.

Accéder à l'étude complète

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Sources et accès

Amah Akodéwou. Trajectoires paysagères et biodiversité : effets de l’anthropisation sur les plantes envahissantes à l’échelle de l’Aire Protégée Togodo et sa périphérie dans le sud-est du Togo. Sciences de l'environnement. Institut Agronomique Vétérinaire et Forestier de France (IAVFF), AgroParisTech, 2019. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-02288187⟩