De la thèse au rapport : pourquoi 80 % des recherches africaines restent inexploitées par les décideurs
Le problème
Chaque année, des centaines de thèses sont soutenues dans les universités d'Afrique de l'Ouest et du Centre. Elles représentent des années de travail de terrain, des enquêtes originales, des données quantitatives et qualitatives que les rapports institutionnels ne produisent pas. Pourtant, une fois la soutenance passée, la majorité de ces travaux reste invisible au-delà du jury, du laboratoire et du département.
Ce n'est pas un problème de qualité. C'est un problème de format, de canal et de langage.
Une thèse est écrite pour être validée par un jury académique. Son volume (200-400 pages), son vocabulaire spécialisé, sa structure (état de l'art, méthodologie, résultats, discussion) et son canal de diffusion (HAL, theses.fr, archives universitaires) la rendent inaccessible au public décideur — investisseurs, institutions, fondations — qui pourrait pourtant en exploiter les résultats.
Le résultat est un gâchis structurel : des données de terrain uniques, collectées au prix de mois d'enquête, restent confinées dans des PDF que personne en dehors de la recherche ne lira jamais.
Ce que la recherche montre
Une étude récente sur le financement de l'enseignement supérieur dans onze pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale (Agbodo, 2024) illustre parfaitement ce paradoxe. Cette thèse a analysé en détail les mécanismes de financement universitaire — budgets alloués, dépenses réelles, écarts entre les deux — dans onze systèmes différents. Les données sont uniques : elles ont été collectées directement auprès des ministères et des établissements, et aucun rapport institutionnel ne les compile à cette échelle.
Pourtant, entre le moment où cette thèse a été soutenue et celui où ses résultats ont été rendus accessibles à un public décideur — via une synthèse courte, rédigée dans un langage non académique, structurée pour une lecture rapide — plusieurs mois se sont écoulés. Et c'est un cas favorable : la majorité des thèses équivalentes ne font jamais ce passage.
Le constat est clair : ce n'est pas la donnée qui manque, c'est le pipeline qui n'existe pas.
Ce que cela change concrètement
Transformer une thèse en note décisionnelle repose sur trois étapes que la plupart des universités et institutions de recherche ne structurent pas :
- L'extraction : identifier, dans une thèse de 300 pages, les 10 à 15 résultats actionnables — ceux qui informent une décision d'investissement, une politique publique ou une stratégie sectorielle.
- La traduction : reformuler ces résultats dans un langage non académique, avec des formats adaptés (note de 2 pages, synthèse exécutive, infographie, brief décideur).
- La diffusion : acheminer ces synthèses vers les publics qui en ont besoin — via des canaux que les décideurs consultent, pas via des bases de données académiques qu'ils ne fréquentent pas.
L'expérience de Lektaris sur un corpus de 300 thèses montre qu'en moyenne, chaque thèse contient 3 à 5 résultats directement actionnables qui n'apparaissent dans aucun rapport institutionnel. C'est ce volume d'intelligence inexploitée que la valorisation éditoriale permet de libérer.
Pourquoi ce pipeline n'existe pas encore
Les raisons sont structurelles :
- Les universités n'ont pas de budget diffusion pour les thèses qu'elles produisent. Le financement couvre la recherche, pas la communication des résultats.
- Les chercheurs ne sont pas formés à la vulgarisation décisionnelle. Leur incitation (publication académique, carrière) va dans le sens inverse.
- Les plateformes de diffusion existantes (HAL, theses.fr) sont conçues pour les pairs, pas pour les décideurs. Leur UX, leur langage et leur granularité ne correspondent pas à un usage professionnel.
C'est exactement l'écart que Lektaris comble : un pipeline éditorial systématique qui transforme la production académique ouest-africaine en intelligence actionnable — sans perdre la rigueur des sources, sans dénaturer les résultats, et sans demander aux chercheurs de devenir des communicants.
Pour aller plus loin
- Onze pays, une thèse : le financement de l'enseignement supérieur africain
- Mixité des savoirs Guin-Mina au Bénin
- Mobilité numérique en Afrique de l'Ouest
- Voir un exemple de pipeline éditorial déployé
Vous avez un corpus de thèses à valoriser ?
Source académique citée : Kokou Agbodo. Le financement de l'enseignement supérieur dans les pays d'Afrique de l'Ouest et Centrale. Sciences de l'éducation. Université de Lomé, 2024. hal.science/tel-05527344
